Altruisme

A l'Est, un rossignol posé sur une branche accueillait l'aurore. De son chant, il semblait éveiller une couleur ocre chaleureuse des prochaines flammes de la savane. C'était un matin qui, dans sa progression, élevait cet espace ardent d'azur et de vie, dont l'horizon dessinait sa silhouette sur le fil des agitations farouches et vivaces. Des vagues de vent servaient à rafraîchir de grands groupes d'animaux. Unis dans la paix, protégés par leur nature, unis dans cette plaine qui voulait les porter. Celle-ci et l'effroi, celle-ci et l'attirance, l'être et la survie élevèrent leurs corps, l'existence dans la lucidité. Une analyse plus détaillée de l'environnement vint compléter l'instinct non conscient. L'homme pût utiliser le temps dans ses paramètres d'adaptation. Par la nuit, le feu des humains a jailli, et dans le jour, les cœurs des chasseurs se sont enflammés. Présents pour chacun d'entre-deux, recueillant les errants perdus, sollicitant l'ardeur et l'adresse, car la solitude affame l'esprit et le dédain détruit la nourriture et ses compagnons. Au coucher du soleil, sans maître, l'aventure recommencerait, le long des prairies qui longent les rivières, effaçant le brouillard sur chaque parcourt, parsemant les souvenirs de leurs arrêts.

Pas à pas, si la fascination va à la création, les espaces s'agrandissent. Stimulés par l'euphorie de la liberté, les étoiles peignaient l'univers d'étincelles apaisantes. Comme des humains qui dessinaient leur conscience sur une carte de l'histoire. Leur pinceau fût d'abord une marche qui demandait tout à la générosité. Comme une pensée qui traversât en un éclair l'éducation d'un peuple, celui-ci traçait des sentiers qui dominaient les versants. Les pierres semaient alors des falaises qui germaient jusqu'au zénith, si l'imagination fût la voûte de l'univers où les humains voulaient naître.
Le silence s'arrêtait sur les parois des montagnes. Parcourues par un sourire, celui-ci murmurait sa bienveillance, pour ne pas gêner les mémoires de la roche. Elle exhalait les paroles des compteurs. Non que les histoires fussent transmises par des sons. Mais qui sais ? Il semblait que l'on dépeignait des animaux éparpillés dans l'espace, livrés aux facéties de leur liberté. Ca et là, quelques individus isolés recherchaient leurs nécessités quotidiennes. Un buffle montrait son cuir noir sous les éclatants faisceaux de lumière, au-dessus d'un étang. Sa tête était absorbée par l'ombre frissonnante d'un buisson. Un flash de lumière apparut lorsque tombèrent sur son corps les pattes d'une lionne, précises, nécessaires. Dans un chaos épouvantable, l'animal, ennemi dans sa toute puissance, se dressa face au félin. Une lance jaillit et perça le bovin en plein flanc. Transi par le vent enflammé, un voile de poussière se dispersa derrière un homme. L'azur d'ocre infernal découpa l'existence des individus dans cette scène. Un humain se battait face à de redoutables prédateurs pour acquérir son gibier. En retrait, mais proche de lui, ses compagnons essayaient d'effrayer la lionne agressive. Elle non plus n'était pas venue seule, et toute l'aide que pouvait lui apporter ses alliés survint de derrière les buissons. Sans transport d'état d'âme, guidées uniquement par l'instinct de leur cœur, de féline et d'élan, leurs griffes s'enfoncèrent dans la chair de la bête, firent couler le sang qui manquerait à la force de l'animal, qui manquait à la vie de leur groupe. La première attaquante, sous ses efforts impitoyables, serrait le museau du bovin entre ses mâchoires, ne laissait seulement aux narines de celui-ci que son haleine de fauve. Le buffle fini par chuter sur le sol poussiéreux, et laissait paraître ses dernières réactions de vie jusqu'à ce que ses yeux fussent clos.
L'humain semblait rugir face à la proie terrassée, comme si sa puissance ne pouvait s'exprimer autour de se cadavre entouré de lionnes et qui serait tout à l'heure, le festin de leur communauté. La rage l'avait envahi. Ses investigations, ses gestes, ses réflexes, étaient devenus inutiles. Un des félins, voyant un danger dans son attitude agressive, produit un coup de pattes nerveux qui lui brisa le haut de sa jambe droite. L'homme tomba à terre, incapable de résister à la douleur de sa blessure, le fémur cassé qui déchirait sa cuisse et provoquait une hémorragie. Ce moment fut pour lui un cauchemar, un délire soudain. C'était comme dans une dernière marche, où il ressentait la disparition de son groupe, où dans l'échec de son obstination et de son objectif, il y avait un chasseur de moins, et pas la nourriture remplissant le ventre des siens, où, dans cette flaque de sang baignaient les cadavres de ses compagnons.
Ceux-ci s'étaient détournés de leur première cible et avaient concentré leurs efforts sur un buffle isolé, un peu plus loin sur le point d'eau. La tête de l'animal apparut dans une goutte d'eau, au milieu de l'étang, qui élevait un souffle de vent dans ses yeux. Plusieurs javelots avaient déjà atteint sa force dans ses flancs, dans son ventre, dans son sang, mais, sur l'eau s'allongeait un miroir sur lequel le reflet du fond de l'étang battait comme le cœur du bovin, qui survivait. Quelques chasseurs s'étaient alors précipités pour saisir la queue du buffle et le tirer en arrière, afin qu'il fît face à l'un de ses attaquants. Celui-ci plongea un couteau d'ivoire au fond de sa poitrine.
Des lueurs réchauffaient le visage du chasseur blessé. Celui-ci ouvrit ses paupières, émoustillées par un crépitement de flammes. Il aperçut, à sa gauche, un grand feu de joie qui s'étirait jusqu'au plafond, ses compagnons qui l'avaient ramené au camp après avoir achevé leur prise, et qui se tenaient tout autour, les femmes souriantes et apaisées du retour des hommes et de la nourriture qu'ils apportaient. Il senti la blessure de sa jambe blessée. A ce moment là, il ne savait pas encore s'il pourrait marcher de nouveau. Il évoluait en pleine surprise de s'être éveillé parmi les vivants, et d'avoir eu une telle chance. Quelqu'un vint chaleureusement lui apporter un peu de viande cuite, et un geste enthousiaste lui montra le spectacle qu'il pouvait regarder pendant son repas. Sur les parois de la salle, d'autres compagnons, comme des artistes ceux-là, lui offraient la dernière épopée peinte et gravée sur des millénaires. Un héro qui face aux fauves défendait ses alliés. Même si ceux-ci l'avaient momentanément abandonné pour un objectif plus vital. Il pensait alors qu'il devrait se remettre rapidement sur pied pour récompenser, de sa chasse, les graveurs, et échanger ses impressions avec eux.

A l'Ouest, un rossignol posé sur son chêne faisait face au soleil. De son chant, il saluait le crépuscule que dessinait le couchant disparaissant derrière la cité ardente d'horizons, bouillonnante de mouvements. Des souffles de lumière venaient rafraîchir les rues et venelles obscurcies par le soir. Musique sur voies, poésies d'aventures, cinéma d'or et de poussière s'évaporant comme des confettis, déambulaient sur les voix des gens heureux et des gens généreux. Les lumières de quelques magasins crépitaient encore, s'impatientaient de joie, d'accueil de leurs derniers clients. Dans une boutique, un commerçant, derrière son comptoir, appelait des gamins tandis qu'ils dévastaient le parquet avec leurs jouets, afin de leur offrir des friandises et de voir leur sourire coquin. Les enseignes, les dessins qui montraient les mains levées depuis un aérosol, les publicités de topazes colorées de rouge et de bleu, défilaient sur les murs des bâtiments, comme des peintures rupestres, admirées par les badauds.
La voûte de l'univers, recouverte de jets scintillants et d'éclats profonds s'enfonçant au cœur de la terre brillant comme une nouvelle étoile, devenait maintenant le ciel des humains, si l'imagination fût une source du monde dans lequel ils voulaient vivre.

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